Edition 2017 : Les Emotions

Présentation

Les onzièmes journées interdisciplinaires se dérouleront du 25 au 28 mai 2017.

Après les Subjectivités Collectives, les Citoyennetés spéculatives et le Temps, les Journées interdisciplinaires "Sciences & Fictions" de Peyresq, se penchent à nouveau sur une notion située à la croisée de plusieurs disciplines universitaires et chère à la littérature : les émotions.

À l'heure où des algorithmes permettent à des systèmes de vidéo-surveillance de déterminer l'état émotionnel d'une personne, et de s'y adapter en conséquence, l'année même où est programmée la suite de Blade Runner, oeuvre cinématographique culte, inspirée des visions de l'écrivain Philip K. Dick, et centrée sur la quête désespérée des émotions par des êtres artificiels, le sujet ne peut que rapprocher auteurs et chercheurs. 

 

Qu'est-ce qu'une émotion ? Peut-on la résumer à un ensemble de manifestations physiques extérieures ? Peut-elle être simulée ou programmée ? Répond-t-elle à des stimuli spécifiques, reproductibles, ou naît-elle, au contraire, de la vie intérieure de l'être, quelque part entre l'âme et l'inconscient ? Depuis des siècles, les émotions fascinent et inquiètent l'être humain. Combien de doctrines philosophiques, combien d'écoles littéraires en ont fait leur horizon ou leur némésis ? L'épicurisme, le stoïcisme, le romantisme, l'hédonisme... Faut-il écouter et suivre ses émotions, ou les corseter, voire les refouler, à la lumière de la Raison ? L'âge des Lumières a rationalisé le monde politique... et les siècles suivants ont déverrouillé les passions. 

 

On parle souvent, à Peyresq, du désir de Science. La connaissance scientifique peut-elle susciter des émotions ? L'enthousiasme de la Découverte, n'est-il pas, au sens littéral, la plus belle expérience du chercheur, qui atteint soudain la justification de son application ? La sérendipité qu'évoquait Henri Poincaré, comme la récompense inattendue de l'esprit acharné, n'implique-t-elle pas une dimension émotionnelle qu'on appelle communément la joie ? Y aurait-il, au coeur des émotions les plus fortes, comme la colère, une puissance primale, physique, qui est de l'ordre de l'explosion stellaire ? L'univers ressent-il des émotions, lorsque s'effondre une nébuleuse ou se forme un disque protoplanétaire ?

 

La recherche médicale, neurobiologique, génétique, se penche sur les émotions depuis des décennies. La dépression qui, en France, touche des millions d'individus, est souvent traitée chimiquement, avant d'être envisagée dans une démarche psychanalytique. Les "maladies mentales", expression sans doute surannée, sont toujours liées, identifiées, d'abord à des symptômes émotionnels : tristesse, agitation, agressivité, incohérence. Est-ce à dire que l'émotion peut être guérie ? Faut-il toujours un remède à la mélancolie ? Ou est-ce la trace, pathologique, d'un rationalisme sclérosé qui a oublié que la première qualité de la Raison est de remettre en cause ses méthodes et ses conclusions, surtout lorsqu'elles sont qualifiées de scientifiques ? 

 

La science-fiction a toujours été une littérature rationnelle et émotionnelle à la fois. L'une des rares, peut-être l'unique, à trouver la voie médiane, entre science et mythe, rêve et réalité. Elle sait déclencher l'émerveillement du lecteur par une logique rationnelle. Le "sense of wonder" ressemble à une résolution littéraire de l'apparente dichotomie "émotions - raisonnement". L'appel de l'espace, la curiosité pour les mécanismes cachés de l'univers, l'acclimatation à la peur et à l'incertitude. Les frères Goncourt, en 1856, présentaient le roman de merveilleux scientifique comme "la fable par A plus B", résolvant l'équation par le conte. Le corpus de la science-fiction peut-il informer les neurosciences ? 

 

Toutes ces questions pourront être abordées durant les quatre journées de débats, organisées par sessions thématiques modérées, qui composeront le programme émouvant de ces onzième journées. 

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